Bien sûr que non, ce n'est pas lui. Ni lui, ni toi.
Bien sûr, il aurait été aisé et si agréable que ces mots puissent provoquer en moi autre chose que cette frustration, cette incompréhension.
Bien sûr, il m'aime. Croit-il. Lorsque nos deux corps qui s'ignoraient jusqu'alors se décidèrent à se côtoyer, se chérir, se connaître. M'aime-t-il encore, crois-tu? Bien sûr, il m'aime. Bien sûr,
ou pas.
Je ne sais rien de l'amour, je ne sais plus - s'il existait le temps où j'en savais quelque chose. Bien sûr, je ressens ce manque, cette impuissance et cette peur...Ces bas d'amour, et puis ces
hauts: l'extase, les yeux de biche, le sourire béat (quasi) idiot.
Bien sûr, je pense à lui. Mon corps se rappelle aux souvenirs du sien, ma main nuit et jour cherche la sienne et les baisers publics de ces amoureux vus ici et là donnent à ma bouche l'envie et le
désir de rencontrer ses lèvres.
Bien sûr, je lui en veux de ne pas être là, je m'en veux de ne pouvoir ni même vouloir exiger (plus) de lui. Je m'en veux d'être la seconde pour une énième fois encore. De n'être engagée à et en
rien. De prendre la facilité et donc le risque d'être celle que l'on appelle en cachette, que l'on voit entre ces "fameuses" réunions, ces "obligations" de dernière minute...en somme le risque
d'être celle qui attend...attend, attend...encore...et encore puis, celle qui ne peut être que trop exigeante, trop présente...en somme, celle de trop.
Bien entendu, tu es là. Craintif de t'annoncer. Peureux de t'avouer. Certain que la chose soit difficile. Tomber sous le charme de l'amie de ton meilleur ami, ami dit-il mais qu'importe, le débat
est ailleurs.
Non, ce n'est pas toi. Malheureux mon cher et tendre, tombé sur celle-là même qui - sans le savoir vraiment - ne peut se retourner, se diriger que vers ces hommes inaccessibles; s'y agripper, s'y
attacher et s'y cogner si fort, si violemment qu'elle ne veut ni ne peut s'échouer ailleurs que sur ces rives-là.
Il ne la quittera pas. C'est un fait établi et accepté. Jalousie étouffée, crainte au ventre, il partira. Il se retournera, pensera à cette histoire peut-être le sourire aux lèvres et un certain
chatouillement au bas du ventre, peut-être ou peut-être pas. Il s'en ira - oui, je le sais - me laissant au passage toujouts seule, le coeur plus vide encore et la tête emplie toujours.
Tu n'en sais rien et tu ne le sauras certainement jamais. J'ai le coeur meurtri, les yeux sans larmes et l'estomac en vrac. Ces mots si doux, ces mots d'affection que je pouvais espérer de lui
viennent d'ailleurs, d'un autre, de toi. D'ailleurs toujours, toujours et encore. Imagines-tu l'ami la frustration pesante, la déchéance et parfois la colère de n'apprécier que le non appréciable,
d'attendre celui qui ne viendra jamais, d'espérer dans le désespéré, de croire à l'incroyable et tout ceci - un drame pourrait s'y trouver - avec une pleine conscience? Imagines-tu seulement...
Bien sûr, il ne s'agit pas de lui, ni de toi mais d'un autre. Il s'agit de l'invulnérable, l'hypothétique et l'intouchable. Celui-là qui ne me verra jamais, celui-là qui me méprisera au mieux.
Celui-là qui perdra sa substance, son aura dès lors qu'il sera près de moi...
Cyber Commentaires